La DMLA et la santé mentale

Par Nadège Boni-Brise-Bois, étudiante en psychologie à l' Université de Montréal

  

Les personnes âgées constituent une population à risque sur plusieurs points de vue ce qui

explique notamment que la dégénérescence maculaire liée à l’âge reste une maladie peu prise en charge et connue par la population, la DMLA étant la principale cause de cécité chez les ainés.

Cette négligence se fait plus explicitement ressentir selon un angle social, par exemple avec l’isolement social, mais également selon l’angle de la santé mentale. Ce dernier aspect sera plus approfondi en détail dans le texte qui suit, plus précisément sur les manières dont la DMLA affecte les personnes qui en sont touchées et les stratégies pour y remédier.


D’abord, la DMLA représente un facteur de risque important de développement de troubles mentaux. On constate que les personnes âgées, déjà précaires à des situations de fragilité psychologique (Brûler, Marinier & Renaud, 2014), le sont encore plus dans des situations de perte de vision puisque, entre autres, les personnes se retrouvent isolées et ainsi sans réseau social perçu. 


Le réseau social perçu, soit la perception de pouvoir compter sur son entourage, est

la composante médiatrice entre l’interaction sociale et une meilleure santé mentale/physique.

Une personne sans cette représentation mentale, combinée à d’autres facteurs qui seront abordés plus loin dans ce texte, risquerait d’être plus à risque de souffrir de dépression ou d’anxiété, les deux troubles mentaux les plus fréquents chez les personnes âgées avec une déficience visuelle (Soubrane, Zlaveta, Buggage & Kosa, 2008). 


Une personne souffrant de cécité pourrait donc voir son entourage diminué si elle est, par exemple, forcée de prendre sa retraite de manière anticipée ou si elle ne peut plus prendre part à des activités sociales (comme les sports d’équipe) auxquelles elle participait auparavant. Le fait qu’elle ait des difficultés, de par sa vision déficiente, à reconnaître les visages et les expressions faciles des personnes à qui elle parle explique également qu’une personne souffrant de DMLA se sente mal à l’aise à interagir socialement (Brûler, Marinier & Renaud, 2014).


La prévalence de la dépression chez cette population spécifique se situe entre 7 à 25 % (Brûler,Marinier & Renaud, 2014). Cette proportion importante représente un problème majeur qui ne peut être négligé, car les personnages âgés sont déjà susceptibles d’éprouver des symptômes dépressifs en général, pouvant même mener jusqu’au suicide. Si on se fit au diagnostic de troubles dépressifs (trouble dépressif caractérisé, trouble dépressif persistant, etc.) selon le DSMV (2013), la cécité soudaine représenterait un stresseur assez important pour occasionner une «détresse» cliniquement significative ou une altération du fonctionnement social, professionnel ou dans d’autres domaines importants » caractérisés par une humeur triste ainsi que de la dévalorisation de soi et/ou une diminution marquée de l’intérêt ou du plaisir sur une base quotidienne, accompagnée d’autres changements sommatifs ou cognitifs de la personne (ex. :perte/gain de poids, insomnie ou hypersomnie, agitation ou ralentissement, etc.). 


Les personnes qui sont affectées de dépression peuvent également venir à avoir une impression du soi (les composantes que la personne considère comme la représentant justement) incomplet ; réalité que peu trop réelle suite à la perte d’un sens important comme celui de la vision.


L’autre trouble commun chez les personnes souffrant de DMLA, l’anxiété, peut s’expliquer par le fait que la personne souffrant de dégénérescence maculaire ait peur de devenir complètement aveugle et de perdre son indépendance (Brûler, Marinier & Renaud, 2014), situation qui impose un stress constant sur la personne atteinte de la maladie. Selon une étude qui évaluait s’il existait des différences significatives entre les scores de dépression et d’anxiété entre une population constituée de personnes ayant la DMLA et d’une autre saine au test de HADS (qui détecte le degré d’anxiété et de dépression), il a été conclu que les résultats du groupe cible (avec la DMLA) étaient altérés comparativement à ceux du groupe contrôle (sans la DMLA) (Soubrane, Zlaveta, Buggage & Kosa, 2008). 


En effet, « le score global moyen d’anxiété était de 8,53

[6,26-10,79] contre 5,11 [3,52-6,70], p = 0,0005 ; le score global moyen de dépression était de 7,09 [5,07-9,12] contre 2,94 [1,51- 4,37], p < 0,0001 » (Soubrane, Zlaveta, Buggage & Kosa,2008, p. 144), ce qui signifie simplement que la population souffrant de DMLA présentait des signes de dépression et d’anxiété plus élevés qu’une population normale sans la dégénérescence maculaire liée à l’âge.


Pour contrer ces dispositions à développer ces troubles mentaux en ayant la DMLA, il existe heureusement des moyens de les prévenir ou du moins d’atténuer leurs effets. Il est question ici, entre autres, d’effectuer des changements dans l’environnement afin que la personne puisse garder ses habitudes de vie. Suite à l’étude mentionnée plus tôt de l’impact de la DMLA sur la qualité de vie, les auteurs proposent différentes stratégies telles que « [l]’adaptation de l’environnement [l]’emploi d’aides techniques (optiques et non-optiques) [l]’utilisation de stratégies compensatrices et [le] recours à une assistance humaine » (Brûler, Marinier & Renaud, 2014, p.5). 


L’orthopiste devient essentielle pour aider la personne atteinte de DMLA à garder son autonomie. Son rôle consiste à faire part des différentes aides possibles et contribuer à les personnaliser pour la personne qui en a besoin, notamment en déterminant les moments critiques pour que la personne adopte les aides optiques et les montrer de manière optimale et claire pour que la personne puisse efficacement les intégrer (Routon, 2015).


En conclusion, les effets de la santé mentale sur les personnes atteintes de DMLA ne sont plus à prouver, mais reste qu’il y a beaucoup de travail à faire par rapport au dé-stigmatisation et la sensibilisation à ce sujet, particulièrement en ce qui a trait aux troubles mentaux qui touchent les personnes âgées. 


À plus grande échelle, il s’agit d’un problème de société puisque traiter ces personnes atteintes de troubles non visuels, telles la dépression et l’anxiété, coûtent chers à l’état, en plus des coûts reliés au traitement de la DMLA seulement. 


En effet, il a été prouvé récemment qu’il existe un accroissement significatif des coûts médicaux directement liés aux coûts directs non médicaux (Soubrane, Zlaveta, Buggage & Kosa, 2008); d’où la nécessité d’agir avec urgence, pour le soulagement des personnes en souffrance, mais aussi pour le bien-être commun.


Bibliographie

Routon, M. (2015) « DMLA et préparation aux aides optiques ». Un temps fort de la rééducation orthoptique de proximité. Revue Francophone d’Ophtalmologie, 8(1), 158-164. https://doi.org/10.1016/j.rfo.2015.03.009 


Soubrane, G. Zlaveta, G. Xu, X. Buggage, R. Kosa, M. 2008. Impact de la dégénérescence musculaire néovasculaire : données françaises. Journal Français d’Ophtalmologie, 31(2),138-145. https://doi.org/10.1016/S0181-5512(08)70346-2


Brûlé, J. Marinier, J-A. Renaud, J. (2014)

La dégénérescence musculaire liée à l’âge : du diagnostic au traitement. Optométrie - Conférences scientifiques, 1(6), 1-8. Repéré à http://www.optometrieconferences.ca/crus/149-006%20French%208-pages.pdf


American Psychiatric Association. (2013). 

Diagnostic and statistical manual of mental disorders

DSM-5 (5e éd.). Arlington, VA : American Psychiatric Publishing.

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